Voilà, je vais écrire ici
ce que tant de personnes me demandent
une explication que tant de personnes attendent
une explication possible à un phénomère
qui en a tué
qui en tue
qui en tuera
et qui laisse des séquelles à vie,
tant à celui qui subit qu'à son entourage
je parle ici de l'automutilation, ou scarification, peut importe comment on l'appelle, le résultat est le même
Moi qui n'y ai que trop goûté
je pense pouvoir vous en parler, en connaisseuse
je ne dis pas tout savoir, je n'affirme pas détenir la vérité
je vous fait juste part
de ce que j'ai pu ressentir
Approuvez ou désapprouvez, c'est à vous de voir..
L'heure est venue de commencer...
1) ma propre histoire
tout a commencé quand j'avais 12 ans,
j'ai commencé à m'habiller avec des vêtements dits gothiques, suite à un pari. J'aimais ce style et y ai adhéré, sachant que j'étais déjà d'une nature fragile et "dépressive"
J'avais déjà songé à me faire du mal. Il me semble que cela remonte à l'école primaire, peut-être même à la maternelle, mais je ne suis pas sûre de mes dates.
Au début, je disais "c'est juste un style"
l'année s'est écoulée
naturellement, j'ai entendu parler des scarifications et autres souffrances volontaires, puisque le style gothique y est malheureusement assigné
Je disais "berk, jamais je ne ferais ça, c'est terrible"
J'avais dit ça, je m'en souviens parfaitement, un vendredi après midi en rentrant chez moi.
Et, le dimanche même, c'est à dire 2 jours après,
je me suis retrouvée en pleurs à cause de mon père
j'aurais voulu lui faire tout le mal du monde, le frapper, jusqu'à ce qu'il me supplie d'arrêter. J'aurais voulu tuer tout ce que j'aurais pu trouver.
Je me suis enfermée dans la salle de bain, toujours en larmes.
Mon regard a balayé la pièce, machinalement.
Sur le sol, completement brisés en morceaux parfaitement aiguisés...
un des miroirs de la salle de bain.
Sans plus penser aux conséquences,
j'ai pris un morceau pointu, le plus pointu que j'ai pu trouver
et les entailles sont apparues, une à une.
D'abord, hésitantes et peu profondes
puis, réalisant que ce geste me procurait une sensation exceptionnelle de soulagement intense et de bien être...
j'ai continué, encore, plus profondément, plus vite
Je n'avais PAS mal
du moins, pas physiquement.
Lorsque la douleur morale est trop importante,
la douleur physique s'éclipse
Et j'avais l'impression
de me venger
toute cette haine, cette envie de tuer, je la retournais contre moi même.
Jusqu'à l'été de mes 14 ans, j'ai enchainé les déprimes et me suis scarifiée, trouvant toujours de nouvelles manières de le faire ( le bout de verre, remplacé par les ciseaux, puis par le couteau, puis l'indémodable lame de rasoir... et comme ma mère voyait cela, elle cachait tout ce qui pouvait m'aider à me faire du mal. Mais j'étais plus forte. Après tout, on ne pouvait pas m'interdir d'entrer dans la cuisine, et cacher un couteau dans ma manche était d'une facilité enfantine. Le compas et l'épingle à nourrice étaient aussi appréciés en dernier recours. En bref, rien ne m'arrêtait)
Durant deux années, j'ai pleuré, pratiquement tous les soirs, j'ai pleuré, et je faisais en sorte de porter de longues manches pour que cela ne se voie pas. J'ai quelques fois réussi à déguiser les marques et "bobos accidentels" causés par un chute dans un buisson ou par un chat (les excuses classiques) .
Je faisais maintes et maintes promesses, à mes amis, à ma mère. En vain, je replongeais toujours.
J'ai finalement atteri aux urgences, à l'hôpital, après m'être mutilée sur les deux bras. De grands trais ornaient ma peau, j'avais l'impression que tout était irréel, je flottais.
Je me suis réveillée dans le lit d'hôpital, le lendemain matin, ne comprenant pas. Sentant des brûlures sur mes bras, j'ai compris. Et là, j'ai regardé mes bras, l'air hébétée, me demandant ce qui m'était passé par la tête.
Je n'ai pas pu me retenir de pleurer.
Cette semaine fut emplie de peur et de déceptions.
La peur, parce qu'on m'avait dit qu'on m'enverrait peut-être dans un hôpital psychiatrique pour adolescents.
Les déceptions, parce que je me disais que j'aurais pu ne pas être là, et parce que ma soeur ne voulait plus me voir ni m'approcher, car elle avait peur, quand elle me voyait, de toutes ces blessures.
Cette expérience à contribué à me stopper. Les médecins peuvent penser que ce sont eux, qui m'ont guérie, en plus de ce psychologue que ma mère m'oblige à voir.
Mais, c'est moi qui me suit guérie toute seule.
En voyant ce que j'avais fait, ce que j'avais frôlé, je me suis largement calmée.
Et grace à un garçon, Vincent, mon actuel petit ami, je suis devenue plus heureuse.
Les disputes avec mes parents se sont largement calmées, bien qu'elles ne soient pas totalement éradiquées, evidement.
2) la conclusion que j'ai tirée, grâce à cette longue et douloureuse "expérience"
Je ne pouvais pas me sortir du pétrin dans lequel j'étais, c'était devenu une addiction. Comme d'autres se droguent ou boivent, je me scarifiais et j'oubliais tout, pour un moment du moins.
Et cela avait le même effet que la drogue : je ne pouvais plus ni m'en passer ni m'arrêter.
Quand j'en avais envie, c'était comme si je n'étais plus moi même sur le moment. Et je me réveillais trop tard, après m'être fait mal, le regret me nouant le ventre.
Je m'en suis sortie seule, ce n'est pas en punissant, en haïssant ou en gueulant sur les gens qui font cela qu'on les aide à s'en sortir.
Quand j'ai été punie ou qu'on m'a engueulée pour ça,
je l'ai refait de plus belle
Quand mes amies m'ont lâchée pour ça,
je l'ai refait de plus belle.
J'aurais pu m'en sortir autrement, mais certainement pas avec ces trois manières qui ne faisaient que m'enfoncer davantage.
C'est ma vision des choses. A vous de juger.
Merci de m'avoir lue.